Désherber son jardin

Désherber son jardin : 4 plantes utiles

Désherber. Le mot qui décourage. On imagine une corvée, des herbes arrachées sans ménagement et la journée qui finit avec un mal de dos. Pourtant, en changeant de perspective, celles qu’on appelle « mauvaises herbes » peuvent être une ressource extraordinaire, à condition de savoir regarder.

Allez viens, suis-moi, je t’emmène faire un tour dans mon jardin !

Les orties : une nurserie et une ressource

Les orties, je les ai laissées. Pour l’instant en tout cas. Au désespoir de celles et ceux qui aiment marcher pieds nus dans le jardin !

Pourquoi les laisser ? D’abord pour la biodiversité. Elles sont indispensables aux papillons. La chenille du Vulcain (Vanessa atalanta) et celle du Paon-du-jour (Aglais io) se nourrissent presque exclusivement de feuilles d’ortie. C’est ce qu’on appelle une plante hôte : une plante indispensable à la reproduction d’une espèce, sur laquelle la femelle va spécifiquement pondre ses œufs.

Désherber son jardin. Chenille de paon du jour sur une feuille d'ortie

Concrètement : si tu arraches toutes les orties de ton jardin, tu supprime la nurserie de ces papillons. Et sans chenilles, pas de papillons adultes. Et sans papillons adultes, moins de pollinisateurs et moins de beauté dans le jardin ! Laisser une touffe d’orties dans un coin est un geste simple pour favoriser la biodiversité… et accessoirement, ça réduit la corvée de désherbage !

Mais l’ortie ne sert pas qu’aux insectes. Ses tiges cachent une histoire textile millénaire. Dès le Néolithique, on tissait déjà des cordages et des vêtements avec ses fibres. On en a retrouvé dans l’équipement de la momie d’Ötzi, il y a plus de 5000 ans. Pendant des siècles, l’Europe entière a utilisé l’ortie pour confectionner toiles et vêtements. Même les armées allemandes, durant la Première Guerre mondiale, ont eu recours à ces uniformes en période de pénurie de coton. Aujourd’hui, la filature moderne redécouvre cette matière durable pour créer jeans, vestes et chemises.

Moi, je ne compte pas en faire des habits. Je vais détourner ces tiges pour en faire du papier. C’est un projet pour plus tard dans la saison.

Enfin, n’oublions pas ses vertus médicinales. Extrêmement riche en minéraux, protéines et vitamines, l’ortie est un complément nutritionnel formidable à intégrer au quotidien. Elle aide l’organisme à éliminer ses déchets acides, soutient les reins et est une alliée précieuse pour les articulations. On y pense en cas de tressautement de la paupière par exemple !

En attendant, les orties font ce qu’elles font de mieux : elles poussent, elles piquent, elles nourrissent le jardin.

Les fraisiers : de l’invasion à la peinture

Bon, tu me diras : pour l’instant, je ne parle pas vraiment de désherbage. Je te propose plutôt de ne pas arracher les orties, mais patience ! Si tu veux à tout prix faire de la place dans ton jardin, ça vient.

Chez moi, les fraisiers sauvages avaient colonisé une partie du potager. Là, il fallait agir : trop envahissants, ils étouffaient les cultures. Je les ai donc retirés, mais pas pour les jeter. J’ai récupéré les feuilles pour les transformer en peinture.

Close-up of raindrops on vibrant green strawberry plant leaves outdoors.

Croquis aquarelle avec un chat assis à côté du carnet de dessin

On pourrait s’attendre à du vert, puisque les feuilles sont vertes ! Mais la chimie joue ici un tour. Les feuilles contiennent bien de la chlorophylle, mais elle est très fragile : la chaleur de l’ébullition la détruit rapidement.
En revanche, les fraisiers sont riches en anthocyanes, ces pigments naturels qui donnent la couleur rouge et servent à attirer les polinisateurs et les animaux pour la reproduction de la plante. Mais ces molécules sont capricieuses : selon le pH de l’eau et la chaleur, elles changent de teinte. En les faisant bouillir, on modifie leur environnement chimique, et le rouge vif se transforme en un orange-rouille profond, rehaussé par les tanins de la plante qui fixent la couleur.

La benoîte : une racine parfumée

Mais le jardin ne réserve pas que des couleurs. En fouillant un peu plus loin, je repère la benoîte (Geum urbanum). Cette fois, ce n’est pas la feuille ni la tige qui m’intéresse, mais bien les radicelles, source d’un parfum inattendu.

Tamis rempli de plantes

Si tu rapproches les racines de ton nez, tu seras surpris⸱e : une odeur puissante de clou de girofle s’en dégage. La benoîte est riche en eugénol, la même molécule aromatique que l’on trouve dans les épices. C’est une substance volatile, parfaite pour la création d’encens.

Alors, prends ta fourche et creuse pour récupérer ces trésors souterrains. Une fois extraites, je les installe sur mon tamis pour les faire sécher.

La benoîte dégage une odeur de clou de girofle grâce à l’eugénol. Mais cette molécule se trouve aussi dans d’autres plantes.
Parmi les propositions suivantes, lesquelles contiennent de l’eugénol ? Tu peux humer ton placard à épices pour t’aider !
– La Cannelle
– La Menthe poivrée
– Le Poivre noir
– La Muscade

VRAI : La Cannelle
C’est la source la plus connue après le clou de girofle. L’écorce de cannelle est très riche en eugénol, ce qui lui donne son parfum chaud et épicé.

FAUX : La Menthe poivrée
Elle contient principalement du menthol et du carvone.

FAUX : Le Poivre noir
Il est riche en pipérine (qui donne le piquant) et en terpènes.

VRAI : La Muscade

La ficaire : décongestionnante veineuse

Pour finir cette session de désherbage, je me tourne vers la ficaria (Ranunculus ficaria). La règle générale conseille de récolter les racines à l’automne, mais l’usage traditionnel recommande de les prélever au moment de la floraison, au printemps. Ici, je suis l’usage traditionnel : c’est maintenant que j’ai besoin de faire de la place dans mon jardin.

Je prélève donc les racines pour les faire sécher et bénéficier de leurs propriétés décongestionnantes et anti-couperose. Une fois sèches, je les intégrerai dans des crèmes maison.

Attention toutefois : la ficaire contient de la protoanémonine, une substance irritante à l’état frais. Le séchage complet est indispensable pour neutraliser ce risque avant toute utilisation cosmétique.

ficaria verna, lesser celandine, ranunculus ficaria, wildflower, inflorescence, flora, nature, botany, plant

Entre les orties laissées pour les papillons ainsi que la création de papier, les fraisiers transformés en peinture, la benoîte récoltée pour son parfum, et la ficaire pour ses propriétés, désherber n’est plus une guerre contre les plantes. Alors, la prochaine fois que tu vois une « mauvaise herbe », prends le temps de l’identifier. Avec un peu de créativité tu pourrais bien y trouver une ressource inattendue.

Et si tu veux un peu d’aide, n’hésite pas à participer à mes ateliers pour apprendre comment utiliser les ressources de ton jardin !

Retour en haut