La cueillette sauvage, c’est tendance. Tout le monde veut ramasser des orties, des pissenlits, des fleurs sauvages. Et c’est super ! Mais attention : avant de tout couper, il y a quelque chose d’encore plus important à faire. Observer.
Le vrai plaisir de la cueillette, ce n’est pas de remplir un sac. C’est d’être là, dans la nature, de comprendre ce qui nous entoure, de sentir comment tout est relié, comprendre l’écosystème. Et c’est seulement après ça qu’on peut décider si on a vraiment besoin de cueillir.
La cueillette est réglementée
En Suisse, chaque canton a ses règles. Ce qui est autorisé ici peut être interdit à 20 km plus loin.
Il faut aussi bien entendu vérifier s’il ne s’agit pas d’espèce protégée. On peut retrouver le statut de protection des espèces sur le site de Info Flora.
Le principe des 80 %
À titre indicatif, on considère qu’il faut laisser au minimum 80% de la population en place. Mais il faut garder en tête que si tous·tes les promeneur·euse·s prélèvent chacun 20%, les plantes n’auront plus suffisamment de ressources pour se reproduire. Imaginons un champ de fleurs. Si chacun·e prend 20 %, il ne reste rien pour les abeilles, pour les graines, pour la prochaine génération.
Observer avant de prélever : le vrai travail de la cueillette
- Combien de plantes y a-t-il ? Si c’est une petite colonie isolée, mieux vaut passer son chemin.
- Y a-t-il des insectes dessus ? Des abeilles, des papillons ? Ces fleurs sont peut-être leur seule source de nourriture.
- Où suis-je? Dans un milieu fragile (zone humide, montagne, habitat rare), la moindre intervention peut avoir des conséquences.
La cueillette, c’est d’abord une question de conscience.
Attention aux racines
Certaines plantes sont délicates à prélever. Celles dont on utilise les racines (raiponce en épi, gentiane jaune…) posent problème. Arracher une racine, c’est tuer la plante. Si on veut vraiment ces plantes, il faut chercher des versions cultivées. La cueillette ne devrait jamais menacer la survie d’une espèce sauvage.
L’angle des espèces invasives
Une exception intéressante : les espèces envahissantes comme la renouée du Japon ou le buddleia peuvent être cueillies sans restriction. Leur prélèvement participe même à leur contrôle. C’est une belle façon de transformer une nuisance en ressource !
Côté santé
Avant de mettre une plante dans son assiette il faut faire attention à certains points :
- La confusion avec des plantes toxiques : La règle est simple et non négociable : ne jamais cueillir une plante qu’on ne reconnais pas à 100 %. En cas de doute, même minime, on la laisse, la sécurité passe avant l’appétit.
- La pollution chimique : Les plantes agissent comme des éponges. Elles absorbent ce qu’il y a dans le sol et l’air. Il faut éviter absolument de cueillir près des routes fréquentées (métaux lourds, particules), des champs traités aux pesticides ou des zones industrielles. Il est important de privilégier les lieux profonds, loin du trafic et de l’agriculture intensive.
- Les parasites et bactéries : Comme pour les légumes du jardin, les plantes sauvages peuvent être contaminées par les excréments d’animaux (rongeurs, oiseaux, chiens). Pour éviter l’échinococcose, il faut donc faire attention à récolter uniquement des feuilles non souillées.
Questions à se poser avant de cueillir
- La plante est-elle protégée ?
- Quelles sont les restrictions légales concernant la cueillette dans le lieu où je me trouve ?
- La plante sera-t-elle en mesure de survivre après mon passage ?
- Ma cueillette aura-t-elle un impact négatif sur les espèces qui dépendent de cette plante ? Il faut considérer l’environnement complet avec l’importance de la plante dans son écosystème.
- De quelle quantité ai-je réellement besoin ? Les plantes une fois cueillies ne se conservent pas bien et il faut les utiliser au plus tard le lendemain. Se questionner sur les réels besoins permet d’éviter le gaspillage.
Le plaisir, c’est d’être là
Au fond, la cueillette, c’est une moment pour passer du temps dans la nature. Il faut donc profiter de l’expérience :
- Regarder comment les plantes poussent
- Observer les insectes qui les visitent
- Sentir les odeurs, toucher les feuilles
- Prendre le temps de comprendre l’écosystème
En faisant ça, on a déjà gagné. La cueillette, c’est secondaire. C’est juste un autre moyen de créer un lien avec le vivant.
Soyons des gardien·ne·s, pas des consommateur·rice·s
La cueillette sauvage, c’est beau et plein de sens. Mais ça demande de la responsabilité.
Ne venons pas pour prendre. Venons pour comprendre. Venons pour observer. Et lorsqu’on décide de cueillir, faisons-le avec respect, avec conscience, avec gratitude.
La nature, ce n’est pas un supermarché. C’est un partenaire. Et comme tout partenariat, ça demande du respect des deux côtés.


